Yersin et Montpellier

Les origines languedociennes d’Alexandre Yersin

Par le Dr Anna Owhadi-Richardson

Article paru dans Nunc Monspeliensis hippocrates, organe de la Société Montpellierraine d’Histoire de la Médecine

Il y a cent ans, le 20 juin 1894, Alexandre Yersin isola le bacille de la Peste à Hong Kong et mit au point le sérum délivrant et démythifiant l’humanité du redoutable fléau qui avait laissé une trace indélébile dans l’imaginaire populaire.

Et pourtant, cet éminent savant, élève de Pasteur, ami de Calmette et de Roux, contemporain de Koch, de Virchow, de Klebs, de Loeffler, cet humaniste habité d’une curiosité universelle et vénéré au Vietnam….est presque inconnu en France.

Rendons hommage en cette année anniversaire du Centenaire de la découverte de « Yersinia Pestis » à ce pionnier d’une médecine qu’il considère comme un sacerdoce, car « demander de l’argent pour soigner un malade, c’est un peu lui dire : la bourse ou la vie… »

Alexandre Yersin est né en Suisse près d’Aubonne, le 22 septembre 1863. Lorsqu’en 1888, il sollicita la nationalité française pour pouvoir exercer la médecine en France, on découvre ses origines languedociennes *. Sa grand mère maternelle, Catherine Emilie  Demole, est née à Montpellier (Hérault) le 6 prairial an VIII de Jean Pierre Demole et de Jeanne Marguerite Soubeiran. Par la suite sa famille protestante dut quitter la région à la suite des « Dragonnades » organisées en Languedoc pour cause de religion.

Attiré par la mer et grand admirateur de Livingstone, il embarque en 1890 pour le Vietnam. Ce fut le début d’une longue fascination pour ce pays qu’il ne quittera plus pendant plus d’un demi siècle jusqu’à sa mort en 1943.

Il y introduit l’arbre à caoutchouc (hevea brasiliensis), l’arbre à quinine (chinchona ledgeriana), élève des chevaux pour la fabrication du sérum, implante des races de vaches laitières, de poules, crée quatre Institut Pasteur (Hanoi, Saigon, Nhatrang et Dalat) et fonde l’école de Médecine de Hanoi.

Il explore à dos d’éléphant, bravant les tigres, au milieu des peuplades Moï.

s, le plateau du Langbian, site de la ville de Dalat devenue une station climatique célèbre. Peuplée aujourd’hui de 120 000 habitants, cette ville vient de fêter son Centenaire, dédiant à Yersin une de ses plus belles avenues et apposant une plaque commémorative avec le portrait du savant à l’ancien lycée Yersin.

A Montpellier, un minuscule passage non carrossable, près de la Colombière, porte son nom.**

 Yersin, décédé le 1 mars, fut enterré le 3 mars 1943 à Soui Dau, près de Nhatrang. Fuyant les honneurs, il avait vécu dans ce village au milieu de ses amis pêcheurs, avec simplicité et humilité.

Les vietnamiens, fidèle au culte des ancêtres, continuent de brûler des bâtons d’encens en hommage à leur bienfaiteur. 

A l’heure où notre société traverse une crise de mutation difficile, où nos jeunes recherchent d’autres repères, où la médecine affronte, encore impuissante, de nouveaux fléaux, il est réconfortant de rappeler la vie et l’œuvre  exemplaire de Yersin. Puissions nous tirer leçon de la vision globale, communautaire et humaniste qu’il avait déjà de la santé publique.

*Source : Certificat d’ascendance des Archives d’Etat du Canton de Genève datée du 23 novembre 1888

**Suite à l’action d’AD@lY, «  Les Amis de Dalat sur les traces de Yersin »  un Rond Point Yersin a été créé à Montpellier