Dans le cadre de
Pour ce faire, nous
traversons quelques jalons historiques pour arriver aux réalités de la
francophonie au Vietnam en 2007.
Les Vietnamiens ont
utilisé les caractères chinois jusqu’au jusqu'au XIIIe siècle. Tout
comme pour le chinois, les mots vietnamiens contenaient deux symboles: le
premier indiquait la signification et le second la prononciation. Puis, les
Vietnamiens ont inventé leur propre système d'écriture: le nôm.[2]
L’éminent vietnamologue français, Maurice Durand, nous a procuré les règles de
la prosodie vietnamienne dans les Truyên
nôm où histoire, récit, pièce, nouvelle histoire chantée sur le mode
du Tambour de Guerre, les trente-six romans en vers ont des rimes fondées sur
le timbre de la voyelle des mots et sur le ton des mots[3].
Par la suite, au XVIIe
siècle, Alexandre de Rhodes[4],
un jésuite français, a introduit l'alphabet phonétique romanisé, appelé quôc ngu. C'est lui qui, le premier, a
classé systématiquement les phonèmes de la langue vietnamienne. Par ses
publications, il a systématisé, perfectionné et vulgarisé le nouveau mode
d'écriture[5].
De ce fait, ce nouveau mode d’écriture, une écriture latine, a été créé par des
jésuites dans le but d’évangéliser la population. Ce véhicule de communication
« le quôc ngu » a été
longtemps considéré dans le pays comme la langue des ennemis car elle est
utilisée par les missionnaires européens.
En 1887, le Vietnam, le Cambodge (et le Laos en 1893) ont été regroupés au sein d'une Indochine française — l’Union indochinoise — confiée à un gouverneur général français. En matière de langue, le français est devenu la langue officielle au mépris de la langue nationale confinée à l’école primaire. À partir du secondaire, l'enseignement est uniquement dispensé en français. La langue vietnamienne a été non seulement éliminée de l'école secondaire, mais dans l’ensemble considérée avec peu de respect par les autorités coloniales. Le français faisait généralement l'objet d'un culte excessif, ceux qui parlaient français étaient considérés comme «instruits» et jouissaient du «prestige» de le parler, alors que le vietnamien était rabaissé au rang de «langue de campagnards». Lorsque le vietnamien était enseigné aux élèves du secondaire, c'était en tant que «langue étrangère», bien souvent comme deuxième langue après l'anglais, l'allemand ou l'espagnol.
Malgré le mépris
officiel réservé au vietnamien, les livres, revues et journaux en cette langue
sont restés prospères. En 1906, l’alphabet latin employé en vietnamien d’abord
par l’Église catholique et appelé quôc
ngu est devenu obligatoire dans l’enseignement secondaire et universitaire,
grâce aux efforts de Nguyen Van Vinh[6]
qui a été le premier à traduire en quoc
ngu les auteurs français tels que
Balzac, Hugo, Dumas,
Le Vietnam a rencontré l’occident avec la colonisation
française. Nous pensons que cette période a été riche quand les intellectuels
vietnamiens ont découvert un monde nouveau, moderne, avec des valeurs
démocratiques. De 1925 à 1945, une centaine d’entre eux ont promu l’écriture
latine. Malgré une utilisation de l’écriture chinoise pendant dix siècles, les
Vietnamiens ont su garder d’être brisés culturellement par la Chine[8]. De 1930 à 1945, les écrivains et les poètes
se sont donc mis à écrire leurs ouvrages en intégrant dans leur manière
d’écrire le vietnamien la construction des phrases françaises. La langue
française est très rationaliste inspirée du développement des sciences. Une
centaine d’intellectuels vietnamiens ont donc recréé en trente ans toutes les
formes écrites de l’occident. La langue que les vietnamiens parlent
actuellement est directement inspirée de ces auteurs, d’où leur importance. Vu
Ngoc Phan a recensé ces intellectuels dans un livre qu’il a publié en 1944 : «
Les écrivains modernes du Vietnam ». Pendant la guerre, tous les écrivains et
poètes se sont rangés du côté de la résistance, avec conviction, pour la
libération de l’art. En 1997, après la conférence internationale de
Des classes bilingues
ont été ouvertes principalement dans les grandes villes. En 2004 une nouvelle organisation des examens
a eu lieu à Hanoi et à Hochiminhville. Ainsi, en juin 2004, 1.256 élèves de 9e
A du programme de l'enseignement intensif du/en français ont passé les examens
de fin d'études secondaires (1er cycle) pour obtenir le certificat francophone
de collège. Les élèves ont participé aux trois épreuves de français, de
mathématiques et de physique en français. L'obtention du certificat francophone
de 9e permet l'entrée directe en 10e bilingue. Une deuxième sélection a eu
lieu ; parmi les 41 élèves de 12e
du cursus A et 480 élèves de 12e du cursus B ont participé aux examens de fin
d'études secondaires (2e cycle) pour obtenir le certificat francophone de 12e.
En plus des épreuves écrites de français, de maths et de physique en français,
les élèves du cursus A ont passé une épreuve obligatoire d'expression orale en
français. Ces épreuves orales se sont déroulées à Hanoi et à Hochiminhville. La
note de l'expression orale a été comptée dans la note finale du certificat
francophone de 2004 pour ceux de 12e et de 2005 pour ceux de la classe de 11e.
En mettant en place
l'expression orale, le ministère de l'Éducation du Vietnam et l'Agence
universitaire de
Le programme de
l'enseignement intensif du/en français, dit "classes bilingues", mis
en place officiellement en 1994 dans les 18 villes et provinces du Vietnam, a
comptabilisé[10] en
2004, 17.243 élèves dans 107
établissements, dont 48 écoles primaires, 40 collèges, 7 collèges-lycées et 26
lycées. Le résultat des élèves bilingues des promotions précédentes dans les
différents examens et concours (100 % de réussites au baccalauréat vietnamien,
94 % au certificat francophone international, et 75 % aux concours d'entrée à
l'université) a été très encourageant.
Une réunion de bilan-perspectives du programme s’est tenue au mois de juin 2004 à Hanoi, avec la participation des 19 provinces participantes ainsi que tous les partenaires. Le ministère de l'Éducation et les partenaires francophones ont collaboré intensément pour parvenir à un transfert progressif du programme à la partie vietnamienne et fixer ensemble un nouveau cadre conventionnel de coopération éducative et francophone après 2006 (qui correspond à la fin de la convention signée en 1994 pour une durée de 12 ans renouvelable).
L'Agence universitaire
de
Le français et
l’anglais constituent au Vietnam des vestiges de la période coloniale imposée
d’abord par
À l’instar du
français, l’anglais est uniquement une langue seconde dans le pays. Mais c’est
une langue qui est enseignée dans presque tout le pays au point où l’on peut
affirmer que l'anglais est la langue de
l'avenir, le français, celle du souvenir. Les Français peuvent-ils s'y
résigner[11] ?.
Nous espérons que la réunion[12]
de la coopération scientifique et technique à Hanoi va désavouer la chute
vertigineuse du français langue étrangère
au Vietnam.
Nguyen Dac Nhu-Mai
Dr.d’Etat ès Lettres
et Sciences Humaines
Présidente
Association pour
[1] Journée organisée par Dr. Anna Owhadi-Richardson, Prof.Henri Pajol et M.J.P.Fernandez que nous remercions pour leur invitation.
[2]
Maurice Durand : « L' univers des Truyên Nôm » Bibliothèque Vietnamienne
IV- Ecole Française d’Extrême-Orient au
Vietnam. NXBVH – Hanoi 1998. Avant la diffusion du quôc ngu les truyên nôm étaient transcrits et
transmis en caractères nôm. Jusqu’au début du XXè siècle de nombreuses éditions
manuscrites ou imprimées les diffusaient sous cette forme. Mais depuis que
l’usage s’est imposé d’utiliser le quôc ngu, seul mode de transcription de la
langue vietnamienne, tous les truyên nôm sont édités en quôc ngu.
Le
vietnamien d'aujourd'hui peut encore s'écrire à l'aide de chu
nôm dans des occasions spéciales ou
comme forme d’art. Mais la graphie romanisée, le quôc ngu, est devenue l'écriture officielle du pays instaurée par
l’Empereur Khai Dinh qui a banni l’écriture chinoise en 1918.
[3] le dernier mot du premier vers rime avec le quatrième mot
du second vers :
Nhât sy nhi nông
Het gao chây rông, nhât nông nhi sy
(le lettré est le
premier et le paysan le second,
Mais quand il n’y a
plus de riz et qu’on court de tous côtés
alors le paysan est
le premier et le lettré le second)
[4] Alexandre de Rhodes ( son nom en vietnamien, A-Lich-Son
Dac–Lô) né le 15-03-1591 à Avignon, France et décédé le 05-11-1660 à Ispahan,
Perse a été 6 fois expulsé du territoire
vietnamien à cause de son travail d’évangélisation.
[5] Dans « Dictionarium Annamiticum Lusitanum et
Latinum » publié en 1651 et réimprimé en 1991.
[6] Nguyen van Vinh (1882-1936) a participé en 1906 à
[7] L'alphabet vietnamien n'a pas de lettre f (remplacée par le graphème Ph équivalant au son [f]) ni de z (remplacé par le graphème Gi équivalant au son [z]). De plus, afin de tenir compte des tons, les lettres peuvent porter des signes diacritiques différents.
[8] S. Nhu-Mai Nguyen Dac « Impact et rejet de la
civilisation chinoise au Vietnam » in Route de
[9] Courrier du Vietnam du 18-04-2004
[10] ces chiffres de 2004 peuvent être modifiés à plus
ou moins 10% en 2006.
[11] Voici le discours
officiel in www.ambafrance-vn.org
« Le rayonnement culturel de
[12]
L'Ambassade de France au Vietnam et le Ministère des sciences et technologies
du Vietnam (MOST) organisent les 7 et 8
mars 2007 à Hanoi un séminaire consacré à la coopération scientifique entre