Intervention Y. Gazzo,
Représentant de
la Commission européenne en France.
L’Europe et la Francophonie.
Les liens entre
la Francophonie et l’Europe se sont renforcés au cours des dernières années, en
particulier depuis la chute du mur de Berlin.
En effet, le
nombre de pays francophones a sensiblement augmenté au sein de l’UE avec, d’une
part, l’élargissement à 9 pays observateurs ou membres de l’OIF : la
Lituanie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la
Slovénie, la Roumanie, la Bulgarie et Chypre. D’autre part, la Grèce et l’Autriche,
pays membres de l’UE ont adhéré à l’OIF en 2004. Avec la France, la Belgique et
le Grand Duché de Luxembourg, ce sont désormais 14 pays qui sont à la fois membres de
l’OIF et de l’UE. La Représentante de l’OIF auprès de l’Union européenne, à
Bruxelles, est par ailleurs une Roumaine, Maria Niculescu.
L’élargissement
de la Francophonie en Europe a donc accompagné l’élargissement de l’Europe. En
outre, grâce à cette poussée vers l’Est, la Francophonie a gagné en poids
politique au sein de l’Europe d’abord, mais aussi dans le monde.
Langue française
et diversité culturelle et linguistique
La
mondialisation entraîne le risque d’un unilinguisme de fait, basé sur
l’anglais. Nombreux sont les observateurs, parmi lesquels Abdou Diouf, le
Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), à
s’alarmer de la progressive diminution de l’usage du français au sein des
institutions européennes. Pourtant, la Charte des droits fondamentaux, intégrée
au Traité de Lisbonne, a récemment confirmé le multilinguisme européen, depuis
toujours inscrit dans le règlement des institutions. De plus, le français est,
avec l’anglais et l’allemand, l’une des trois langues des procédures
européennes.
Les
francophones eux-mêmes défendent leur langue au sein des institutions. Ainsi le
plan d’action pour le français dans
l’Union européenne, œuvre conjointe de la France, du Grand Duché de
Luxembourg, de la Communauté française de Belgique et de l’OIF, dispense des
formations en français aux fonctionnaires européens, aux fonctionnaires
nationaux et aux diplomates des représentations permanentes de l’UE ainsi qu’à
des journalistes.
Dans
de nombreux pays, le français occupe des positions stratégiques privilégiées
comme langue administrative, langue d’enseignement, langue de l’armée, langue
de justice, langue des médias, langue du commerce ou des affaires. Nous devons aussi veiller à utiliser son
potentiel d’instrument politique au sein des relations internationales.
L’Union,
au même titre que la Francophonie, est en outre un acteur majeur dans les
négociations au sein de l’Unesco visant à adopter une convention internationale
sur la protection et la promotion de la diversité culturelle. Dans le même
esprit, la Commission européenne a proposé de faire de 2008 « l’année du
dialogue interculturel ». L’Union soutient, y compris financièrement, par
ailleurs des événements culturels liés à la Francophonies, tels que la biennale
des Rencontres africaines de la photographie à Bamako.
Paix, démocratie
et droits de l'Homme
Les liens entre
les deux parties revêtent aussi une dimension politique. L’Europe et la
Francophonie partagent un certain nombre de valeurs. Ainsi, parmi les critères
d’adhésion de l’Union européenne comme de l’OIF, on trouve le respect
« l’attachement aux valeurs communes », la démocratie et le respect
des droits de l’homme.
C’est pourquoi l’UE et l’OIF sont
amenées à collaborer sur le terrain. Par le passé, les deux organisations ont
ainsi envoyés des missions d’observation électorales, par exemple au Togo en
1999 ou encore au Congo en 2002.
Développement
durable et solidarité.
Les
deux organisations sont par ailleurs pleinement conscientes que la prospérité
constitue la meilleure garantie pour la démocratie et les droits de l’homme. C’est
pourquoi elles mènent ensemble une stratégie de solidarité et de développement.
L’UE étant le premier bailleur d’aide
publique au développement, il était normal que la coopération entre l’UE et
l’OIF s’intensifie. C’est ainsi qu’en 2006, la Commission européenne et
l’Organisation internationale de la Francophonie ont signé un protocole de
partenariat. Les deux institutions
travaillent ensemble à un certain nombre de projets, par exemple en Haïti, au
renforcement du système judiciaire.
Les
liens culturels entre l’Union et la Francophonie sont donc la base d’une
coopération politique efficace. Le
partenariat Europe – Francophonie est essentiel pour la promotion de la paix,
de la démocratie et des droits de l’homme, mais aussi pour les efforts faits en
faveur de l’éducation, de la sécurité et de la prospérité dans le monde ;
il est appelé à se développer au cours des prochaines années.